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Gounod vient de découvrir un poème provençal paru en 1859: Mirèio de Frederic MISTRAL. Il en est littéralement subjugué, enthousiasmé: au plus profond de la crise qu'il traverse, voici ce qu'il attendait: un chant d'amour et de paix, une idylle pastorale si hautement exprimée. Il écrit a Mistral qui, on s'en doute, accepte aussitôt: son poème lui a valu, avec Ia consécration académique, la gloire.

Il ne lui reste plus qu'à se plonger dans l'atmosphère la plus propice à une heureuse conception. Chose curieuse, c'est d'abord à l'Italie qu'il songe pour y chercher une ambiance. Mais où s'en pénétrera-t-il mieux qu'en Provence ? Il décide donc d'accomplir un véritable Pèlerinage aux sources, mêmes du poème mistralien, païen autant que chrétien.

Le voyage en Provence est donc décidé. Mistral, qui exulte à cette nouvelle, écrit à Charles Gounod le 25 février 1863: « le suis ravi que ma fillette vous ait plu, et vous ne l'avez vue que dans mes vers. Mais venez à Arles, à Avignon, à Saint-Rémy, venez la voir le dimanche quand elle sort des vêpres, et devant cette beauté, cette lumière et cette grâce, vous comprendrez combien il est facile et charmant de cueillir par ici des pages poétiques. Cela veut dire, Maître, que la Provence et moi vous attendons... » Le 8 mars Gounod est à Marseille où, trois jours plus tard, il dirige une représentation de Faust, qui fait grand bruit. Le lendemain, il est à Maillane où il lit à Mistral le libretto: comme un enfant, Mistral pleure de joie! L'après-midi, et à pied, il conduit son hôte à Saint-Rémy pour y admirer les Antiques et les Alpilles qui produisent sur le musicien une très forte impression.

Charles Gounod s'installe à Ville Verte le lundi 23 mars 1863, à trois heures de l'après-midi, par un temps merveilleux. Il s'y fait inscrire sous le nom de Monsieur Pépin, et la qualité de peintre, venant faire à Saint-Rémy la maquette des décors d'un opéra tiré de Mirèio (il faudra bien expliquer, par la suite, les fréquentes visites de Mistral. En un premier temps, la consigne du silence est fort bien observée: mais, à cette époque, installez-vous, « étranger » de Paris, parlant français et donc « pointu », dans une auberge de Saint-Rémy, et allez empêcher que tout le pays ne soit au courant de votre arrivée! Surtout si vous êtes assez original pour vous faire livrer, par un voiturier de Nîmes, un piano que, dès le 25 mars, on montera, non sans peine, au deuxième étage de Ville Verte: quelle fantaisie, quand on est peintre, se faire installer un pareil instrument dans une chambre! ...

Gounod se plaît infiniment dans sa chambre. Les conditions de la pension sont à ce point avantageuses qu'il écrit à son ami Georges Bizet voulant travailler en paix à l'une de ses œuvres. (Mais Bizet ne viendra pas). De sa fenêtre largement ouverte, tout en fumant comme il a coutume de le faire, une longue pipe de terre, le musicien aime à contempler longuement le paysage qui s'offre a lui, avant que de passer à son clavier ou à son carnet pour noter les inspirations ou les impressions de la journée qui s'achève. Il écrit à sa femme, née Anna Zimermann: « Me voilà installé ... Je suis tout à MIREILLE: je suis très bien ici pour ma pensée ... Ma vue est splendide: il n'y a personne dans la maison, et je passerais là ma vie si j'y avais ceux que j'aime... Ma fenêtre est ouverte ; le ciel est d'un azur: je n'entends qu'un roucoulement de pigeons dans la cour; au reste, le silence du cloître. Six semaines de ce recueillement-là et MIREILLE est dans le sac. Ce lieu est beau et pur comme l'Italie: c'est l'Italie de la France, et j'ai bien fait de m'y fixer »

Lettre de Charles Gounod à Fréderic Mistral - 1863

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Mais ce sont surtout les Alpilles qui attirent Gounod, il a laissé, par exemple, un dessin des carrières que, chose curieuse, Van Gogh refera un quart de siècle plus tard, et que Bonaventure Laurens avait traité vingt ans avant Gounod...

Il décrira amoureusement nos collines à sa femme, s'extasiant sur les teintes douces et variées qu'elles prennent suivant les effets successifs de la lumière, en contraste parfois saisissants. Il s'assied sur le pliant qu'il porte toujours avec lui, dans le Vallon de Gros, qu'il dessine - et, que, autre coïncidence, Van Gogh dessinera lui aussi: c'est l'actuel Vallon qui ferme le Barrage (édifié en 1891).

Mais son endroit de prédilection, c'est le Vallon de Saint-Clerg, car il y vient presque chaque jour.. Plus d'une fois il vantera à Madame Gounod les charmes du vallon: « Il y a tout près, à vingt minutes de Saint-Rémy, dans la montagne, la plus belle vallée qu'on puisse voir: c'est de la pure Italie ; c'est même grec. Le temps a été superbe , le soleil a coloré de ses plus belles teintes la campagne et les montagnes qui en bornent l'horizon; c'était pur comme MIREILLE ».

Si bien que, lorsque, quelques mois plus tard, il aura regagné Paris, il ne cessera de penser à cet heureux séjour:
« Si le beau vallon de Saint-Clerg était quelqu'un, dites-lui que le lui écrirais », demandera-t-il à Mistral le 26 octobre 1863.

Et le 26 juillet précédent, il  écrit: « Ah! le joli endroit, le délicieux coin de nature que ce petit pays. J'ai vécu là-bas près de deux mois, juste le temps qu'il m'a fallu pour écrire MIREILLE... J'étais littéralement grisé de joie ; les motifs me venaîent à l'esprit comme des vols de papillons, je n'avais qu'à étendre les bras pour les attraper. Combien j'ai de bonheur à me rappeler tout cela ! Il me faudrait vous écrire un volume pour ne rien oublier des délicieux souvenirs qui sont le nid de ma fidèle amitié pour vous. Rien n'est sorti de ma mémoire, entendez-vous ? Rien ! parce que tout est là dans le coeur, et que là rien ne meurt... J'ai en moi, lorsque je pense à vous, à Saint-Rémy, à notre existence là-bas, j'ai en moi comme une photographie vivante d'un Paradis enchanteur... Vous souvenez-vous de ces heures de délicieuse flânerie, pendant lesquelles on a l'air de ne rien faire, et où l'on fait tant de choses,dont la première est d'être heureux?»

Mistral, quant à lui, recevra cette autre confidence, datée du 8 juillet 1863:  « Que n'y suis-je encore, dans ce Paradis de la Provence qui a été un véritable ciel pour moi?... Je ne sais si le vallon de Saint-Clerg me regrette un peu, et si, dans cette âme de la nature que je cherche et que vous possédez, il y a quelque chose qui se souvienne de moi; mais je sais que j'y envoie de gros soupirs et que j'y ai laissé quelques-unes des plus douces heures et des plus délicieuses émotions de ma vie »

Charles Gounod est né à Paris le 18 juin 1818 dans un milieu ouvert aux arts. Remarquable dessinateur, artiste peintre de talent Son père était professeur de dessin. Sa mère, Victoire, autodidacte, jouait remarquablement du piano. A l'âge de cinq ans, son père décède et Victoire doit gérer le foyer. Elle remarque les dons de Charles et lui donne des leçons de musique. A dix-huit ans, il est admis au Conservatoire de Paris.

Gounod espère remporter le Grand Prix de Rome et travaille beaucoup dans ce sens. Ce Prix permettait au vainqueur d'obtenir une bourse et d'aller deux ans à la villa Médicis de Rome et une troisième en Allemagne pour y étudier la musique. Il obtient le second prix en 1837 mais remporte le premier en 1839 avec une cantate Fernand. Là bas, il se passionne pour la musique sacrée et fait la connaissance de Fanny la soeur de Mendelssohn. Elle lui fait connaitre les oeuvres de Bach, Beethoven, et celle de son frère. En 1841, toujours grâce à cette bourse, il effectue un tour des centres musicaux de langue germanique : Vienne, Berlin, Leipzig où Mendelssohn estime hautement Gounod et l'incite à faire une carrière de compositeur.. En 1852, Gounod épouse Anna Zimmermann. Il compose son premier opéra en 1854 : Sapho et la nonne sanglante qui est un échec malgré les éloges de Berlioz. En revanche ses mélodies et sa musique chorale rencontre un certain succès. A la mort de son beau-père, il s'installe dans une magnifique demeure à St Cloud. En 1855, la première de la Messe de Ste Cécile est donnée.

En 1858, sa mère disparaît alors que le succès à l'opéra arrive avec : Le Médecin malgré lui (1858), Faust (1859), Mireille (1864), Roméo et Juliette (1867). Dans Faust, Gounod se montre d'une sensualité délicate et très émouvante et il y révèle un sens théâtral évident. En 1859, il fait la connaissance de Wagner qui estime l'homme mais pense que sa musique manque de profondeur. En 1870, il compose une cantate patriotique en réaction à la guerre contre les prussiens. Il se réfugie à Londres à la suite de l'avancée de l'ennemi. Il y compose quelques cantiques qui recueillent beaucoup de succès. Il obtient pour un an la direction du choeur de l'Albert Hall. A la fin de la guerre, Gounod reste à Londres, hébergé et pris en charge par Georgina Weldon, une chanteuse qui jouera auprès de Gounod le rôle d'imprésario et d'infirmière car la santé du compositeur est déclinante.

Néanmoins, il rentre en France en 1874. Il se réconcilie avec son épouse. Cette affaire provoquera de nombreux quolibets et ragots dans les journaux. Il compose encore pour l'opéra mais sans l'inspiration d'autrefois (Polyeucte en 1878). Il se tourne alors vers la musique sacrée et son oratorio La Rédemption en 1882 est un grand succès. Il est à présent considéré et honoré.

Frappé d'une attaque d'apoplexie alors qu'il compose un Requiem à la mémoire d'un petit-fils, Gounod s'éteint à Saint-Cloud le 17 octobre 1893. Des funérailles nationales ont lieu à la Madeleine, où, selon son voeux, une messe en grégorien est chantée. Gounod demeure à jamais le musicien de l'amour "dont l'immense soupir s'en va se perdre à l'infini ".

De nombreuses pièces furent très populaires à son époque. Gounod, malgré une certaine facilité dans ses oeuvres lyriques et un certain "arrivisme", a influencé de nombreux compositeurs français. Son Ave Maria reste l'oeuvre la plus chantée. Ravel considère Gounod comme le "père de la mélodie française". Injustement, une bonne partie de la musique de Gounod est ignorée de nos jours....

 

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